« Pratiquer, pratiquer, pratiquer… »

« Lian, Lian , Lian » c’est le seul conseil qui permet d’avancer sur la Voie, celui que donne le Maître.

En pratiquant nous recherchons la maîtrise du geste qui va permettre d’approcher celle de l’esprit. Nous revenons toujours à la maîtrise corps/souffle/esprit, principe primordiale des arts énergétiques et martiaux que sont le Qi Gong et le Tai Ji Quan.Plus nous pratiquons , plus nous nous raffinons.

En regardant les idéogrammes il est amusant de constater que pratiquer et raffiner se ressemblent et finalement les exercices font travailler et raffinent le corps.

Liàn : 练 (練) s’exercer, pratiquer

Liàn, , raffiner, contient à gauche la clé du feu, sens de fondre/ mêler inclus

huǒ feu, flamme

Voilà ce qui nous est demandé à travers notre pratique, rayonner ce que nous sommes, un être accompli qui accorde son corps, son souffle et son esprit, les trois trésors que sont « XING , Qi, SHENG ». Nous devenons à notre tour des artistes. Le Qi Gong et/ou le Tai Ji Quan que nous pratiquons devient notre Qi Gong , notre Tai Ji Quan.

Dans un documentaire sur la vie de Picasso je l’ai vu d’un trait donner vie à une colombe . Quand la maîtrise du geste insuffle la vie l’Homme devient artiste Il n’est plus une pâle copie de celui de son Maître. Nous l’habitons et lui donnons vie.

Mais revenons à la pratique :

La répétition du geste peut créer une monotonie, une lassitude et finalement une perte de motivation. C’est un passage dans l’apprentissage que nous sommes tous amenés à traverser un jour ou l’autre de façon plus ou moins facilement. C’est un niveau de pratique où l’on est « encore » dans le faire, nous voulons aller plus loin dans l’enchaînement de Tai Ji Quan, apprendre une nouvelle série de Qi Gong, encore un mouvement, puis un autre… Nous avons besoin en permanence de stimuli, de « consommer » pour continuer. Notre mental, notre ego s’en trouve satisfait dans un premier temps mais vite frustré. Le piège dans « l’Avoir » est que cela crée une accoutumance un désir qui se nourri de plus de désirs, de nouveautés.

Cette frénésie de désirs enclenche une spirale infernale. Si nous n’y prenons garde, la répétition d’un mouvement devenant contrainte sera vécue comme une régression, un frein à la pratique et entraînera une insatisfaction avec son lot d’émotions fortes et mal gérées comme l’irritabilité, l’agressivité, la rancœur, la jalousie, le mécontentement….

L’autre côté de l’apprentissage c’est de considérer cette étape comme normale, faisant partie de notre évolution en la pratique, en l’acceptant, le mental peut jouer son rôle de régulateur d’émotions et de désirs. La répétition ne se faisant jamais à l’identique . C’est en maintenant notre attention sur le geste que nous en prenons conscience, que nous pouvons observer ce qui se passe dans le corps. A travers la répétition nous nous améliorons. De plus se corriger quand on se trompe, ce n’est pas une erreur, l’erreur c’est de ne pas se corriger .

D’après Jacques Castermane , Quel que soit le chemin, la discipline que l’on choisit les 4 étapes à vivre sont :

  1. Apprendre quelque chose
  2. Approfondir ce que l’on sait
  3. Maîtriser ce que l’on a approfondi
  4. Maîtriser parfaitement ce que l’on maîtrise

Lian, lian, Lian, comme un refrain une ritournelle qui m’encourage à continuer.

Au delà de la pratique c’est moi que je découvre, cette partie de moi qui cherche à se reconnecter à mon Être.

Toujours à la recherche d’une source de motivation.

La pratique, avec la répétition est indispensable nous devons dépasser ce niveau de Faire, le « Gong » du Qi Gong en tant que travail, labeur, entraînement retrouve la noblesse de son sens celui qui nous amène à Être, à nous élever .

Pour Song Arun « Avoir satisfait le mental, Faire satisfait le corps, Être satisfait l’âme » et il rajoute  « Ce qui peut nous aider dans le savoir Être c’est d’accepter la transmission directe d’un enseignant. »

La pratique individuelle est essentielle à la progression celle avec un enseignant ou mieux un maître est indispensable. Il est celui qui sur le chemin nous ouvre la Voie et nous invite à le suivre et à le dépasser.

Trouvez votre discipline, votre enseignant, rencontrez et suivez des Maîtres et pratiquez jusqu’à découvrir le seul Maître qui vous convienne celui caché au fond de vous celui qui vous fait Être et devenir « rén zhēn » un Homme Véritable .

Giacometti l'Homme qui marche

Giacometti              l’Homme qui marche

 

 

Une réflexion sur “« Pratiquer, pratiquer, pratiquer… »

  1. Joli texte…
    Me conforte dans la répétition de la posture de l’arbre, encore et encore et encore, en toute saison, sous toutes les latitudes. La même encore et encore.
    Quand l’arbre est prêt l’oiseau s’y pose, l’homme s’y adosse et qui sait un « maitre » interieur ou un guide exterieur y appuient leur baton…… Merci aussi pour le Giacometti.